RETRO AUTO | Restauration automobile : Hubert Haberbusch, maître-tôlier

RETRO AUTO : RESTAURATION AUTOMOBILE

Retro Auto restauration automobile - Hubert Haberbusch

Hubert Haberbusch - Restauration automobile : « Quarante ans de tôle, et toujours en liberté ! »

L’atelier de restauration du maître-tôlier Hubert Haberbusch, labellisé « entreprise du patrimoine vivant », fête ses quarante ans d’une passion sans frein dédiée aux véhicules d’exception et à la transmission d’un savoir-faire ainsi que d’une ferveur créative unanimement saluées…

Les visiteurs de l’atelier H.H. Services, au Port du Rhin, sont accueillis par Diego, la mascotte des lieux, une attachante présence aussi massive que laineuse, à la truffe inquisitrice et au regard implorant – de la pure tendresse canine toujours en mouvement, sur les pas de son maître : « C’est notre directeur des relations publiques » sourit Hubert Haberbusch, le maître-tôlier installé dans cette zone portuaire où le végétal fait bon ménage avec l’activité humaine. « Avec lui, soit on est agréé d’emblée, soit on repasse l’examen »…

C’est bien le moins pour une si discrète ambassade de la carrosserie française perdue dans une friche, à une foulée de la frontière allemande… Habité par son métier, Hubert Haberbusch a transfusé sa passion à des collaborateurs de plus en plus motivés et fait de son garage un conservatoire du patrimoine automobile hexagonal : « Je défends le métier de carrossier dans la mesure de mes moyens. Quand je l’avais choisi, il était en perdition et l’objet d’une déconsidération hallucinante, comme si on le réservait aux derniers de la classe... Mais depuis, la prise de conscience a progressé : l’automobile n’est pas seulement un objet usuel, mais aussi un bel objet culturel, qui fait partie intégrante d’un patrimoine industriel à préserver et ça vaut le coup de s’y investir… ».

Voiture restaurée - Huber Haberbusch - Retro Auto

 Ici, pas de berline standard ou contemporaine, fût-elle d’excellente qualité moyenne, mais rien que d’élégantes vieilles dames revitalisées en magnifiques « objets d’investissement » - de celles dont la cote n’en finit pas de s’envoler : H.H. Services ne restaure que des chefs d’œuvre du design industriel  comme ce rutilant cabriolet Delahaye 135 millésimé 1937 ou cette impressionnante Vauxhall à l’élégante livrée d’un beau vert inspiré, millésimée 1923, qui semble comme le chaînon manquant entre les beaux équipages hippomobiles et les berlines aérodynamiques de l’entre-deux-guerres. Bien sûr, on y croise aussi des Traction avant, une Volvo de l’immédiat après-guerre - et même une rarissime 2 CV Sahara, fabriquée en 1958 à 634 exemplaires – pas de snobisme déplacé mais un véritable savoir-faire déployé sans compter pour ressusciter ces vieilles mécaniques qui de toute évidence ne se résignent pas à rendre l’âme, ne serait-ce que pour l’amour que leur porte leur propriétaire... Et l’on pense à toutes ces Aston Martin, Bugatti, Georges Irat, Maserati ou autres Ferrari passées entre ces mains du miracle – car Hubert a beaucoup à dire sur « l’intelligence de la main » chère à un ancien Premier Ministre qu’il a accompagné à Pékin…

 

La restauration automobile : un savoir-faire à transmettre

 

Son père était éclusier, il roulait en Citroën 2 CV – puis en Peugeot 403, à mesure que se précisait l’assise sociale de la famille – et lui avait dit : « Apprend un métier ! Quand on a quelque chose en main, après on peut toujours se débrouiller ! ». Enfant de la Robertsau, Hubert se souvient s’être embusqué rue Adler ou sur le pont pour voir passer les belles formes arrondies des voitures de ce temps – un spectacle qui n’était pas vraiment « monnaie courante » en cette fin des fifties qui, en Alsace, coïncidait avec les débuts de la motorisation de masse, une motorisation forcément heureuse puisque synonyme de liberté et de grand large, à l’instar de ces cabriolets et coupés Simca dont l’appellation et l’élégance promettaient tout à la fois l’évasion, la vie de château et la mer au bout du ruban d’asphalte...

A quatorze ans, Hubert entre en apprentissage chez Léon Weber, carrossier à la Meinau (1966-69) : « On s’occupait surtout de véhicules utilitaires, on reformait les tôles et on refaisait les cabines de camions »… En 1970, il travaille à l’atelier Sirca : « J’y rencontre du beau monde comme Bernard Alter, Dominique Thiry ou Claude Friederich qui me donnent le virus des voitures de sport ».

L’année suivante, il est confronté à « sa » première Bugatti, le modèle Brescia  « C’est Guy Helmbold qui l’avait emmené : c’était mon premier contact avec ces voitures fabuleuses et je remercie Guy de m’avoir honoré de sa confiance, en dépit de mon jeune âge. J’y travaillais même durant mes week-ends, tellement c’était passionnant ! Récemment, j’ai revu Guy aux Enthousiastes Bugatti et nous avons évoqué ce bon vieux temps : 45 ans après, il a toujours sa Brescia… ».

 En ces années de formation, le jeune prodigue se fait remarquer en transformant une Renault 4L de série en élégant coupé, ce qui lui vaut les honneurs précoces de la presse…

Après son service militaire dans l’armée du génie, à Kehl, il travaille chez Dominique Thiry, qui tient une concession Lancia-Alfa Romeo puis s’établit à son compte à Bischwiller en 1976. Il est encore généraliste mais, en 1989, il prend ses aises en investissant un local de 600 m2 – une ancienne filature à l’abandon dans le Port du Rhin. Graduellement, au fil des clients et des rencontres – dont avec Bernard Jaegy et Pat Garnier – la conscience d’un patrimoine industriel exceptionnel en mal d’entretien, à préserver vaille que vaille dans une Alsace berceau de l’automobile, fait son chemin : « J’ai été fasciné dès le début par l’aventure du Musée national de l’Automobile de Mulhouse. Après avoir rencontré son conservateur en chef, Richard Keller, un partenariat technique est mis en place et je rejoins les Amis du Musée ainsi que la Fédération française des Véhicules d’époque (FFVE). C’est tout un tissu associatif mobilisé pour défendre un métier qui menace de se perdre… Nous avons pu procéder, avec l’atelier du Musée, à la restauration d’une Bugatti Type 28 torpédo de 1922, après une rénovation comparative des plans d’usine et de la carrosserie en place. Cette restauration a pu être menée à bien avec le soutien des Monuments historiques, du Musée national des Techniques (CNAM) et du Centre de Recherches et de Restauration des Musées de France (C2RMF).».

Huber Haberbush - Restauration automobile - Article Retro Auto

 

Si la tôle de certains chefs d’œuvre du génie automobile vaut de l’or, le maître-tôlier est davantage préoccupé par la transmission d’une authenticité et d’un irremplaçable savoir-faire que par d’improbables calculs de rentabilité : « Il a fallu plus de 400 heures pour la Bugatti Type 28, il faut plus de 1000 heures parfois pour restaurer la robe en aluminium d’un bolide et nous ne comptons pas le temps passé sur une pièce. Nous n’avons pas le temps d’ailleurs de nous attarder à des calculs de rentabilité : nous avons la chance de faire ce que nous aimons, d’en vivre et de pouvoir faire face à toutes les échéances de la vie d’une entreprise…».

Sa petite entreprise à lui compte pour l’heure trois salariés dont Isaak Rensing et Romain Gougenot qu’il a associé étroitement à la marche des affaires – il pense à la transmettre en mode de gestion collaborative via la création d’une SCOP (société coopérative ouvrière de production), sans se résigner pour autant à lever le pied… En une génération depuis son installation au Port du Rhin, il a réuni autour de lui apprentis et Compagnons du Devoir et créé un corps de métier dédié à l’excellence.

 

Le travail cousu main du restaurateur de voitures…

 

En 2006, Hubert Haberbusch adhère à la Fédération régionale des Métiers d’art (FREMA) : « Quand je me suis installé ici, j’ai développé l’aspect métier d’art, car nous apportons notre touche à la préservation de chaque pièce d’un patrimoine conséquent : nous avons choisi l’artisanat, pas le négoce… Bien sûr, on nous dit : « Vous êtes des artistes, vous ! » et nous militons pour que notre métier bénéficie de la TVA réduite, tout comme les artistes… Il est juste que l’amour que nous mettons dans notre métier et dans la préservation d’un patrimoine se traduise aussi par certaines simplifications… Quand on s’attèle à la restauration d’une œuvre d’art, le temps ne compte plus… A chacun son métier : il y a ceux qui font du business, de la comptabilité ou de la spéculation et ceux qui réparent en y mettant la passion du travail bien fait, cousu main… ».

La comparaison avec le travail du textile et la haute couture s’impose : s’il a rendu ses lettres de noblesse à un métier jadis déconsidéré, Hubert assure sa maîtrise du sujet par la connaissance méticuleuse d’une impressionnante documentation et des pièces d’origine, un sens aigu de l’esthétique et une relation privilégiée avec la matière qui va au profond, à l’intime voire à l’âme de tous ceux qui y avaient auparavant mis le meilleur d’eux-mêmes – toujours « l’intelligence de la main »…

Restauration automobile - HH Service retro auto

 

En 2007, HH Services est labellisée « entreprise du patrimoine vivant » par le ministère de l’Industrie – une consécration inestimable pour la pérennité de son art : « Nous étions la première entreprise de carrosserie en France à obtenir ce label. Ce qui signifie la consécration d’un savoir-faire rare dans un domaine très particulier et la certitude pouvoir désormais être écouté, d’être un interlocuteur valable de l’Institut national des Métiers d’Art.  »…

Par la grâce d’un heureux voisinage, en zone portuaire, avec l’association internationale Synoccygen, Hubert Haberbusch a participé à l’Exposition universelle de Shanghai en 2010 et a été commissaire général associé de l’exposition « La carrosserie française : arts, techniques et savoir-faire » en 2014, à l’occasion du cinquantenaire de la reprise du dialogue entre la France et la Chine, à l’initiative du général de Gaulle, ce qui assurément équivaut à une ambassade de fait...

Ses conseils à un jeune qui débute ? « Il ne faut pas être maniaque ni se spécialiser dans une marque, ne pas se faire l’irréductible d’une seule comme on entre dans une religion exclusive, qui exclut toutes les autres : chacune donne la chance d’une rencontre avec un univers nouveau à découvrir et avec le collectionneur qui l’incarne. Chaque chantier est une nouvelle aventure à ne pas rater, un échange privilégié avec quelqu’un qui aime sa voiture et l’occasion de passer de l’univers d’un bugattiste à celui d’un jaguariste,  par exemple… Notre point fort, c’est la relation avec le client qui aime son automobile et avec qui nous parlons la même langue de passion : aucune multinationale ne peut se targuer d’une telle proximité…». Son moteur intime ? « Immer Schaffen ! ».

Retro Auto - Article restauration automobile

 

L’atelier de carrosserie participe à la manifestation « Ateliers ouverts » et aux « Journées du Patrimoine », s’ouvrant à un public qui ne cherche pas seulement l’art au fond des toiles ni le patrimoine dans les vieilles pierres.

Dans les autres bâtiments de l’ancienne filature en friche, le bouillonnement créatif se perpétue par la présence de jeunes artistes (graphistes, plasticiens, publicitaires ou vidéastes, etc.) en échange et partage – chacun  participe à cet engagement dans un acte créateur où se joue tout ce qui refuse de se briser dans l’aventure humaine. Si la mécanique fatiguée du monde est en perpétuelle réparation, elle a plus d’un moteur de relance en réserve et, à l’instar de ces bijoux de haute précision ressuscités chez H.H. Services, elle n’est pas prête à rendre l’âme tant que ne se sera pas éteinte la dernière lampe dans l’atelier en liberté…

Carrosserie H.H. Services

2 rue du Rhin Napoléon – 67000 Strasbourg

Tél. 03 88 61 70 24

contact@carrosserie-hh.com

www.carrosserie-hh.com

 

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